La nuit est à nous

Pale Grey @Mudd Club

Cela fait désormais un moment que parmi les endroits qui font vivre et prospérer la scène musicale actuelle de Strasbourg, nous pouvons compter le Mudd Club (à ne pas confondre avec une pyramide fort peu fréquentable), situé dans la Rue de l’Arc-en-Ciel à 2 pas de la place Saint Etienne dans un cadre qui se rapproche des véritables clubs rock anglais ou américains, la possibilité de boire un verre à l’étage ou de descendre faire la même chose dans le caveau, avec l’appui d’une bande son souvent très pointue font de l’endroit un des nouveaux fief des amateurs de diversité sonore de notre ville. L’agenda est plus que fourni et ce aussi bien dans un domaine indie-rock qui semble très nettement mis en avant par l’établissement mais également du Hip-Hop ou du Folk comme avec ce week end Buck&Gase directement arrivés de Brooklyn, croyez moi pour le before de ce week end c’est de loin le plan le plus alléchant.

Cette fois ci c’est cependant pour parler d’électro pop que nous sommes attablés avec le fort sympathique groupe belge Pale Grey, auteur d’un Ep malheureusement non distribué en France, sorti sur Jaune-Orange (Girls in Hawaii, Hollywood Porn Star … ndlr) intitulé Put Some Colors et qui nous laisse entrevoir un futur radieux pour le duo qui s’est renforcé avec l’arrivée de deux nouveaux membres Benoît et Yann venu épaulés Gilles et Max dans l’optique d’une sortie d’album qu’ils espèrent prochaine. C’est pour l’instant sur l’Ep, les techniques de travail, les ambitions et le spectre chromatique que nous allons les interroger.

Natugla : 8 pistes pour un Ep, on se trouve sur un format qui s’approche d’un album, quelles différences voyez vous entre les deux ?

Pale Grey : Le batteur ! L’EP nous servait de carte de visite pour entreprendre une démarche afin de trouver des dates, c’est loin d’être une fin en soi, il s’agit de prendre la température. À la base, on était que deux (Gilles et Max), avec très peu de moyens, puis Yann et Benoît nous ont rejoint.

N : On ne peut pas parler de l’Ep sans passer tout de suite par la question des couleurs, les pistes de celui portent en effet sans exceptions des noms de couleurs, dites nous en plus.

PG : C’est un état d’esprit, on associe les choses et l’on sent la musique sous un angle visuel, en créant une atmosphère, pour lui donner de multiples sens. On a voulu aller à fond dans le concept de couleurs et de formes, comme les triangles (cf la pochette). L’un des membres est le graphiste du groupe, il s’agit d’une satisfaction personnelle de tout réaliser.

En effet une fois le groupe en place dans le caveau il apparait évident que l’accent est mis sur ces triangles de couleurs qui se retrouvent aussi bien sur les polos gris clair que portent à l’unisson les membres du groupe que sur les instruments en eux mêmes. Après l’écoute de l’Ep oscillant entre électro-rock (Black), hymnes électro-pop (Green, Red) ou compositions sensibles proche du folktronica pratiqué par Tunng (Purple, Blue) on se retrouve face à l’archétype du groupe moderne élevé par la musique dans son ensemble et non pas dirigé par une quelconque chapelle musicale dictatoriale, cependant une question demeure :

N : Rockers qui se sont mis à l’électro ou l’inverse ?

PG : Ni l’un ni l’autre. Nous sommes des amateurs de musiques qui s’y sont mis comme des geeks avec des ordinateurs et l’on s’est plus dirigé vers le côté ‘musicien’. Comme nous nous connaissons depuis longtemps et que l’on a eu des projets ensemble, on s’est mis à partir dans un autre projet, que l’on a commencé juste à deux (Gilles et Max). Les ordinateurs nous ont permis de ne pas être trop limités, le champ des possibles était ouvert à fond !

N : Et du coup au sein du groupe les influences sont elles les mêmes ou complémentaires ?

PG : Il y a 15 ans entre le plus jeune et le plus vieux ! Nous sommes avant tout des amateurs de musique ! Cela fait notre richesse quant à notre background musical. Mais nous pouvons nous accorder pour citer Animal Collective, Foals, Why?, Errors, Notwist, des chansons dans un format pop avec une petite touche originale !

N : Les groupes que vous citez sont connus pour leur maitrise mélodique, avant tout, quelle importance lui donnez vous ?

À la base, ce sont les mélodies qui nous guident. On est pas des grands ingénieurs du son, on ne prend pas de plaisir à ‘chipoter’ un son, par exemple ! Chacun des instruments a son importance, autant que la voix, qui arrive souvent en fin (on comble avec du yoghourt au milieu pendant le travail de création). Un groupe comme Phœnix, ce sont des fous des mélodies, des paroles, au niveau de tout ce que la musique peut représenter. Ce n’est pas un but, mais l’on y accorde de plus en plus d’importance.
Quand on était que deux, c’était presque un projet sans voix.

La formation belge qui se présente sur scène avec batteur (Benoît), basse chant (Gilles), synthés (Yann) et guitare chant (Max) accomplira ce soir, devant un caveau malheureusement dégarni, une performance simplement bluffante, l’écoute de l’Ep nous avait déjà convaincu de la qualité de la composition du groupe, cependant nombre de jeunes (et moins jeunes « Ariel Pink si tu nous entends ») groupes peines à passer l’épreuve de la scène, se retrouvant à devoir gérer une formation qui n’existait pas en cours de composition, troquer les ordinateurs pour un réel live. L’apport du batteur live, le membre le plus expérimenté ayant déjà tourné avec « Hollywood Porn Star » est naturellement bénéfique au groupe et apporte une énergie diablement communicative. Les titres de l’Ep s’enchaînent devant un public conquis par l’enthousiasme et la qualité du live. Les titres de l’Ep s’enchainent sans fausses notes et on se prend à se dire qu’un premier album risque fort de secouer la scène electropop.

N : Quid du concept de l’album ?

PG : On trouvait ça amusant, le concept des couleurs, c’est le début du projet que l’on a sorti en Belgique. L’aspect visuel a toujours été quelque chose qui nous a touché beaucoup.Le label n’était pas une coïncidence (Jaune-Orange, ndlr), beaucoup de gens nous l’on souligné ! Le nom Pale Grey renvoyait à une certaine mélancolie, mais l’on a ajouté des nuances et une certaine énergie avec des morceaux un peu plus pétillants.

N : Au niveau du processus de composition ?

PG : Music Pro surtout, puis aussi Live. On part de lignes mélodiques de guitare et l’on rajoute des claviers. Maintenant on développe les idées à plusieurs en jouant, il y a moins de couches et de recherches. Quand on a du bosser pour l’EP, on a regardé ce qui devait être transcrit avec une nouvelle batterie, maintenant on regarde sans les ordinateurs et l’on fait des ajouts. Pour le disque, on a envie de faire quelque chose qui tient la route en live, ce qui constitue quelque peu des limites, on attend que les progrès scientifiques nous permettent d’avoir un troisième bras ! (rires).

La scène belge a toujours accouchées de groupes surprenant et avant tout talentueux (Soulwax, Ghinzu …), il semble bien que nous soyons entrain d’en découvrir un en devenir, intéressons nous quelque peu à cette fameuse bouillonnante scène belge.

N : Que pensez vous de la scène belge ? Il y a une activité assez impressionnante pour un pays somme toute petit.

PG : Nous ne l’écoutons pas tant que ça, il y a des groupes comme Balthazar qui sont des références pour nous. Il y a beaucoup de choses qui se passent en Belgique. C’est un petit pays, on a fortement tendance à se tourner vers des groupes qui ne sont pas de chez nous. Les groupes belges ne sont pas influencés par les autres groupes belges, c’est pour ça qu’il y a autant de groupes différents dans un si petit pays. Il y a surtout une frontière linguistique. Malheureusement pour les wallons, il y a beaucoup de choses et de décisions qui sont prises par des néerlandophones. Ce n’est pas une priorité, mais il y a plus de moyens. C’est plus rapidement des groupes néerlandophones qui vont aller plus loin et être mieux encadrés.
Un exemple, dans le collectif Jaune Orange, il y a The Experimental Tropic Blues Band, qui a fait son 3ème disque avec Jon Spencer (leader du Jon Spencer Blues Explosion, ndlr). Ils ont pleins de bons retours côté Wallonie, et même avec une carte de visite labellisée Jon Spencer, ils n’arrivent pas à faire la presse en Flandre. Dans notre pays, il y a déjà cette différence marquée entre Wallonie et Flandre. Il y a deux pays au niveau culturel. Mais quand on a joué devant un public flamand, on a toujours eu de bons retours. À Ghent, on a participé au Deep in the Wood, on a été un coup de cœur des organisateurs, eux Flamands !

Question coup de coeur on veut bien donner notre label également, tant la performance du soir est excitante et nous laisse espérer le meilleur pour nos 4 amis. Après une petite heure de set le groupe quitte la scène mais pas le caveau ou ils vont passer un certain temps à échanger avec un public impatient d’échanger avec les héros du soir. Quant à nous nous n’avons pas trouvé les nouveaux Animal Collective , mais c’est le sourire aux lèvres que l’on se dit que les prochains Metronomy peuvent être belges.

Svens for natugla
polaroid by polaroid corp.

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