La nuit est à nous

Retour sur le Spring Roll Festival

Nous avons observé avec un grand plaisir la réussite du projet Spring Roll en ce qui concerne les évènements annexes à la vie nocturne. Faisant une entrave à notre politique dictatoriale noctambule, il serait temps de s’attaquer directement au nerf de la guerre. Par ce terme barbare j’entends d’observer de plus près les soirées ayant eu lieu au Rafiot durant ces deux semaines : pourquoi ? Simplement parce que lorsqu’en 4 soirées on peut faire venir Tekilatex, Botnek, Canblaster, Maelström et Bambounou, et que l’on organise la chose sur Strasbourg, on risque de nous attirer dans le sillage.

Maelstrom et Bambounou pour Natugla.com


Si l’on jette un regard extérieur sur cette programmation, l’on doit souligner dans un premier temps l’homogénéité de la chose, ou sont représentés : Sound Pellegrino ; Marble ; BNR ; Mad Decent, le tout sur 4 soirées (ne serait-ce que côté prestige ça fait du bien à l’établissement et de manière générale à la crédibilité d’une scène électronique strasbourgeoise portée par de plus en plus d’adeptes ou artistes). Le parti pris musical reste le même, proposer des soirées à des tarifs maximums de 5€ et pour ce prix, offrir la diversité et la qualité. Maelström, dont les dernières sorties sur Sound Pellegrino ou encore BNR ont été de grandes réussites musicales tant que des succès critiques, se place dans la liste des producteurs les plus influents de l’hexagone ; Canblaster et ses alliés du Club Cheval sont dans ce club fermé depuis maintenant un certain temps, assurant remix et E.P dans une veine aussi futuriste que syncopée. Pour ce qui est du père Latex, co-créateur du label Sound Pellegrino, il va sans dire qu’il est à l’origine même de l’explosion de cette nouvelle forme de techno/house, proposant une plateforme nouvelle pour les artistes (Noob ; Canblaster ; Panteros666 ; Joakim ; Bambounou ; etc …) faisant de chacune des sorties du label un évènement. Pour ce qui est de l’exotisme c’est Montréal qui fournit deux de ses enfants en la personne du duo Botnek, signé chez les on-ne-peut-plus-connus Mad Decent (Buraka Som Sistema ; Crookers ; Diplo ; L-vis 1990 … ).

Les présentations étant faites, entrons dans la cale.

Ci-contre, un duo classique de hipsters

Et pour commencer de la meilleure des manières en vous expliquant pourquoi nous ne traiterons pas de la première soirée dans ce billet, à savoir la soirée présentant Botnek, nous avons eu la chance de pouvoir côtoyer durant leur passage à Strasbourg aussi bien Maelström, que Tekilatex, Bambounou et Canblaster, la chose ne s’étant pas faite avec Botnek il nous apparait moins intéressant de vous présenter un simple report de la soirée, ou nous étions présents (et ou nous avons apprécié un set d’une justesse exemplaire) mais le retour des artistes et l’échange avec eux faisant partie de nos priorités au sein de Natugla, un report pour un report ne nous amuse guère et n’apporte au final que peu d’intérêt au lecteur. Ruez vous cependant sur les dernières sorties des Canadiens, elles valent le coup de tympan.

C’est ainsi que le Samedi nous avons pu nous rendre à la gare de Strasbourg afin d’y accueillir un Maelström, tête d’affiche de la soirée Discovery, souriant et sur le retour de sa soirée avec Joakim et son nouveau projet live « bourré de talents et d’idées novatrices » de l’aveu-même du producteur nantais. Quel plaisir de rencontrer une figure de la scène électronique française possédant un tel background, une telle culture de la musique et aussi abordable. Du haut de ses 31 ans, Maelström a été de tous les combats. Activiste de la scène rave des années 90 en France comme en Angleterre : « J’ai commencé par produire de la hardtek down-tempo à 150 bpm, […], j’ai sorti beaucoup de vinyles sous plusieurs noms différents ». N’essayez pas d’en savoir plus, il ne lâchera aucun aka. Il nous informera au cours de la soirée d’une prochaine sortie à venir sur le label Zone, terrain de jeu de The Hacker et Gesaffelstein depuis maintenant un certain temps. « Je suis vraiment fier de cet E.P, je pense que j’ai réussi à mixer l’ensemble de mes influences et à rendre la chose intéressante ». On en jugera d’ici peu, guettez la sortie de Generation E.P. De ce qu’on a pu en entendre, ça s’annonce plus que bon. Habitué des grandes salles et du plein air par le passé, Maelström nous avouera son impatience de se frotter à la petite capacité d’accueil du Rafiot : « Les grandes salles bondées, avec 1000-1500 personnes c’est naturellement grisant au début, pouvoir lancer un gros kick sur des enceintes d’une telle force c’est une sensation dingue, mais je préfère les ambiances plus intimistes, le contact avec le public, 300-350 personnes c’est parfait. »

Pour sa première au Rafiot, le garçon était attendu de pied ferme. Accompagné pour la soirée de deux groupes locaux The Svens et Medicis & Vanshift, habitués des soirées Discovery (on vous invite à vous renseigner sur leurs actualités respectives, le titre « Minneapolis » de M&V se hissant à la 8 ème place du March Chart 2012 de Maelström). C’est vers 1h30 du matin et devant un Rafiot bondé de la cale au plafond, que l’artiste prend les choses en mains, proposant un set d’une efficacité rare, oscillant avec l’aisance technique qui le caractérise entre Techno/Futur House/Acid. Vous avez raté les 5 derniers mois de l’actualité musicale ? Quelle plus belle remise à niveau ne pourrait être autre que celle proposé par l’artiste de Sound Pellegrino/BNR/Zone ? Expert dans la construction de sets, il joue avec un public chauffé à blanc à coup de montées technoïdes et de drop tous plus efficaces les uns que les autres. Ce sera seulement sur les coups de 3h45 du matin que le show prendra fin pour Maelström laissant à The Svens le soin d’achever les nombreux survivants qui resteront hanter le bateau jusqu’aux lueurs de 7h du matin.

Faisons un bond de quelques jours pour nous retrouver le Vendredi 30 , soirée de Ghetto Hype, qui pour une fois nous présente un invité qui avait connu il y a plus d’un an maintenant la dernière nuit du Rafiot avant son passage en révision, Teki Latex. Depuis que son actualité de rappeur s’est quelque peu amoindrie, le garçon a décidé de fonder Sound Pellegrino qui devient en peu de temps l’un des labels de musiques électroniques les plus en vue, et ce à l’échelon mondial. C’est accompagné d’une des découvertes du label éponyme que le père Latex se présente devant ses ouailles, à savoir le jeune Bambounou, parisien de naissance et auteur de deux Ep franchement orientés Bass Music ( Animism ; Alpha ) ainsi que d’un travail collectif avec Joakim pour le label Sound Pellegrino ( Fructose ). C’est à la fin de leur repas que nous rejoignons un duo de parisien visiblement repus, prenons quelques clichés dans une ruelle bientôt célèbre et, sur le chemin du Rafiot, nous avons pu échanger avec un Bambounou visiblement très heureux de son escapade strasbourgeoise.  » Tout à commencé pour moi réellement lorsque Teki a entendu une de mes premières tracks, qu’il a adoré. C’est comme ça que j’ai pu faire mon trou au sein du milieu, après je pense ne pas avoir fait d’erreurs dans mes sorties et mes associations, c’est sûrement pour ça que j’en suis la actuellement. » Lorsqu’on interroge le garçon sur la teneur de ses sons, une bass music relativement minimaliste et syncopée, à la frontière du UK Funky voila sa réponse : « Je fais ce que certains vont appeler de la bass music, mais c’est uniquement parce que j’ai envie de produire ce genre de sons, il n’y a pas d’arrivisme musical, coller à son époque. J’ai toujours produit ce genre de sons. »

L’arrivée au Rafiot nous présente une salle plongée dans l’obscurité la plus totale, la file d’attente inerte et un Big Oh! étrangement absent de platines que l’électricité à décider de bouder. Pour la première fois depuis 5 ans à quelques heures du début des hostilités, le bateau subit une panne de courant. Panique à bord et bouteilles à la mer, les deux artistes décidèrent alors de rentrer se reposer à l’hôtel, puis le courant revint, et enfin eux aussi.
C’est ainsi que Bambounou prend le contrôle des opérations. Malgré ses 22 ans, le garçon nous prouve une maturité assez impressionnante aux platines, enchainant les perles house/bass et s’aventurant régulièrement du côté anglais de la force, territoire Night Slug & Co. La UK Funky fait son show au Rafiot, cela faisait longtemps que l’on attendait ça. Ses productions sont d’une efficacité terrible en dj set et c’est devant une fosse gonflée par un nombre relativement grisant de fêtards que l’alchimie prend.

Tekilatex enchaîne, comment enchainer après ça ? Cette question fut surement dans beaucoup de têtes une fois les dernières lignes de basses échappées du set de Bambounou, cependant lorsque l’on se nomme Teki Latex on enchaîne comme bon nous semble. Pour tous ceux qui n’ont pas vécu le Summer of Love de 1989 ou l’explosion House de Chicago, ce fut une leçon d’Histoire. Rarement un set avait été si teinté par le mot « Love », il nous avait prévenu pourtant : « C’est un plaisir de revenir dans ce club, on (ndlr : la dernière fois il était présent sous l’étendard de la Thermal Team, à savoir lui même et Orgasmic) avait apprécié l’ambiance de la précédente soirée, espérons que cela soit aussi bon ce soir. »
De mémoire je n’avais jamais vu quelqu’un jouer aussi longtemps, on a du venir lui dire gentiment qu’il était l’heure d’arrêter vers 7h du matin alors qu’il ne restait qu’une vingtaine de fidèles, et se permettre tant de chose durant l’exercice d’un dj set. La house était le fil conducteur, l’acid house la cerise sur le gâteau, et la fin un melting pot absolu de ce que peut être la culture musicale de Teki Latex, poussant jusqu’à poser un son de TTC et allant jusqu’à prendre le micro pour chanter sur une chanson encore inconnue, les rythmes électroniques vont laisser place à l’indie et à la chanson française.

Comme il l’a dit un jour, « nous sommes tous des enfants de Jacno ».

Visiblement ravis, c’est aux lueurs d’un soleil nouvellement levé que les deux hommes quittent le navire, et Teki de se fendre le lendemain d’un tweet : « Hier soir le Rafiot est rentré dans mon top 5 des clubs français ». Tout est dit.

Il s’agit cependant de prendre le peu d’heures de sommeil qui séparent ces deux soirées afin de pouvoir retourner fièrement pour une autre nuit au Rafiot, qui s’annonce longue. Canblaster, l’un des 4 prodiges du Club Cheval vient s’emparer de la barre du Rafiot pour le temps d’un dj set d’une intensité folle. Nous avons pu rencontrer le natif du Nord et une interview viendra bientôt étayer les pages du blog, c’est pourquoi nous allons nous intéresser de suite à la performance technique et musicale. Tout d’abord il faut savoir que Canblaster n’a pas besoin de faire de sport, s’il joue 2 à 3 fois par semaine avec la même intensité (tant dans la musique, que dans le jeu de jambes) il prouvera à tout le monde que le monde de la nuit peut permettre de rester en bonne santé. Sautillant du début à la fin de son set, c’est à grand coup de pieds que Canblaster impose sa présence ce soir. Un set frénétique, dans l’urgence de l’instant présent, aucun titre n’étant laissé plus de 3 minutes sur les platines, les bombes techno s’enchainant comme des perles sur un collier, entre deux hennissements virulents et quelques cavalcades épiques. La justesse technique impressionne, les mains sont en perpétuel mouvement, le pitch monte et descend inlassablement, tout comme le palpitant d’un public qui, loin d’être pris de court,vient visiblement pour se prendre une grosse ruade.

Un warm-up signé J. Laufer.

Canblaster passe aux platines.

Ses influences vidéoludiques sont également de la partie, vers la fin d’un set qui envoie tout le monde dans une ruelle de Street of Rage (si si, ce classique de la SEGA Megadrive), le garçon se fout des conventions et des pseudo-barrières stylistiques (et trop souvent bien-pensantes), son habileté technique lui permettant de voyager d’un bout à l’autre de la sphère électronique les yeux fermés. Les secousses font partie du plaisir.

Article par Xavier et Eric, Photos Par Henri.
Ne vous gênez pas pour récupérer les photos,on vous demande juste un petit © http://www.natugla.com

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